Prendre un bain de forêt
- lucebarrault
- 17 mars
- 7 min de lecture

Le concept de bain de forêt a vu le jour au Japon sous le terme Shinrin Yoku. On peut employer ce terme de la même manière que l’on emploie celui de "bain de soleil". Il n’est en effet pas question de se mouiller, mais de baigner dans l’environnement de la forêt, de s’immerger par tous les sens en elle pour créer un contact intime avec la nature.
Il ne s’agit pas de faire de l’exercice, de la randonnée ou du jogging, mais d’être simplement au contact de la nature, en connexion avec elle par l’intermédiaire des cinq sens.
En ouvrant nos sens, nous créons un pont entre nous et le monde naturel, et ce dernier l’emprunte pour nous apporter tous ses bienfaits.
Le contact avec la nature
De façon empirique, on sait bien qu’être dans la nature nous fait le plus grand bien. Je ne crache pas sur les études scientifiques, mais la simple observation de mon état lorsque je vais me promener dans la forêt, les champs, au bord de l’océan, en montagne, partout où il y a la nature, met en évidence que la nature est mon amie !! Il me semble que je respire plus amplement, que mon sourire s’épanouit sans effort, que l’enthousiasme me gagne, que l’énergie circule dans mon corps – bref, c’est comme si j’étais plus vivante !
De plus, l’activité de la marche permet une réflexion me semble-t-il plus créative, plus claire, plus efficace, même si ce n’est pas mon intention première. C’est comme si mon cerveau fonctionnait mieux lorsque je marche au grand air…
Et il paraît que nos capacités de mémoire et d’attention sont meilleures après avoir marché en forêt qu’après avoir marché dans les rues d’une ville – est-ce vraiment surprenant ?

La naissance du concept de bain de forêt
Ce terme de Shinrin Yoku (森林浴) est apparu en 1982 avec un programme sanitaire national japonais en faveur du bain de forêt. Le fait que 78 % des Japonais vivent en ville n’y était sans doute pas étranger. Bon, ce n’est pas une prérogative du peuple japonais, il paraît que depuis 2000, nous sommes officiellement devenus une espèce urbaine. Une projection affirme qu’en 2050, 75 % des 9 milliards d’humains de la planète habiteront dans un environnement urbain.
Le problème est que vivre en ville est stressant. Et le stress a des conséquences dramatiques sur la santé…
Le programme japonais visait donc à encourager les citoyens à aller se promener dans les bois pour améliorer leur bien-être physique et mental. L'idée s'inspire des traditions bouddhistes et shintoïstes, qui accordent une grande importance à la connexion avec la nature.
Au Japon, où les forêts recouvrent environ deux tiers du territoire, le shinrin-yoku est rapidement devenu une pierre angulaire de la politique de médecine préventive.
Le concept s'est depuis répandu dans le monde entier, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où il est souvent appelé "sylvothérapie".

Les bénéfices du bain de forêt
Des études* ont pu montrer que le bain de forêt peut :
- renforcer le système immunitaire
- donner de l’énergie
- diminuer l’anxiété, la dépression, la colère
- réduire le stress et favoriser un état de détente
En fait, la clé est là : le bain de forêt agit sur le stress, qui est le grand coupable de quasiment l’ensemble de nos maux modernes.

Les effets du bain de forêt sur le stress
Le système nerveux est constitué du système sympathique (la partie "combat ou fuite") et du système parasympathique ( la partie "repos et récupération").
Quand un danger survient dans votre vie (par exemple quand un animal féroce surgit devant vous), le système de combat ou de fuite se met en branle : votre cœur bat plus vite, votre pression artérielle augmente, et la digestion ralentit. C’est l’état de stress.
A l’inverse, lorsque vous vous détendez (par exemple allongé sur le sable en contemplant l’océan), votre pression artérielle diminue, votre fréquence cardiaque ralentit et la digestion peut s’accélérer.
Le problème de notre vie actuelle est que nous sommes quasiment en permanence en état de stress et que cela provoque un déséquilibre des deux parties du système nerveux. Nous sommes en permanence en état de vigilance maximale, au détriment des fonctions de base de notre organisme, en particulier des fonctions de récupération.

On peut mesurer notre état de stress en déterminant notre taux de cortisol. Le cortisol est l’ "hormone du stress" ; elle est produite lorsque nous sommes anxieux ou stressés. Les hormones du stress sont libérées (sans que nous les contrôlions, bien sûr) pour nous aider à gérer une menace ou un évènement stressant (ce peut être croiser l’animal féroce, ou simplement subir les aboiements du chien du voisin). Une fois l’évènement qui a provoqué le stress est terminé, les taux d’hormones redeviennent normaux, le cœur ralentit et nous sommes de nouveau détendus.
Dans notre vie actuelle, en particulier lorsque nous vivons en ville, les évènements stressants ne cessent de se multiplier. Il y a les e-mails auxquels il faut répondre rapidement, les collègues qui ont des demandes toujours urgentes, les courses à faire dans un temps limité, les factures à régler alors qu’il n’y a déjà plus d’argent sur le compte, etc. Notre taux de cortisol demeure en permanence élevé, et cela perturbe toutes les fonctions de l’organisme. A long terme, des maladies peuvent se déclencher : hypertension artérielle, obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, troubles dépressifs, AVC, maladies neurodégénératives (par exemple la maladie d’Alzheimer), cancers, etc.

Heureusement, les bains de forêt sont là !!
Les études* ont montré que ceux-ci :
- diminuent la pression artérielle et la variabilité de la fréquence cardiaque
- diminuent le taux de cortisol et d’adrénaline, les hormones du stress
- mettent en veilleuse le système nerveux sympathique (la partie "combat ou fuite")
- activent le système nerveux parasympathique (la partie "repos et récupération").

En diminuant le stress, les bains de forêt ont de multiples autres bénéfices :
1 – amélioration du sommeil
Avoir des difficultés pour dormir est un effet secondaire bien connu du stress.
Mais un sommeil de qualité et d’une durée suffisante (variable selon les individus, mais en moyenne, cette durée doit être de 8 heures) est vital pour notre santé et notre bien-être. Le sommeil permet la régénération de nos cellules et le fonctionnement optimal de l’ensemble du corps, du système nerveux et en particulier du cerveau, du système hormonal, du système immunitaire, etc.
Un déficit de sommeil peut provoquer de nombreux problèmes de santé, tels qu’un risque accru de maladies cardio-vasculaires, de maladies rénales, d’hypertension, de diabète, d’AVC.
Les études scientifiques* ont pu montrer que les bains de forêt amélioraient non seulement la qualité du sommeil, mais permettaient une augmentation du temps de sommeil moyen.

2 – amélioration de l’humeur
Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre qu’il y a un lien direct entre un stress élevé et l’irritabilité, l’agressivité, voire la colère, ni d’apprendre que les bains de forêt permettent une diminution de cette irritabilité et de cette colère, avec un sentiment de vigueur, de sérénité, et parfois même de joie.
Selon les études*, il semblerait que cet effet soit plus visible chez les femmes que chez les hommes.
Et qui dit amélioration de l’humeur dit meilleures relations interpersonnelles, climat plus détendu en famille et au travail, et aussi baisse du risque dépressif.

3 – renforcement du système immunitaire
Le système immunitaire joue un rôle important dans la création de défenses contre les bactéries, virus et tumeurs. Mais hélas, le stress inhibe les fonctions immunitaires – et lorsque le système immunitaire est affaibli, on est plus susceptible de tomber malade. Les gens stressés sont souvent malades.
Des études* se sont penchées sur l’activité de cellules tueuses naturelles (cellules NK), un type de lymphocytes qui éliminent les cellules indésirables (par exemple celles infectées par un virus ou les cellules cancéreuses). Elles ont pu mettre en évidence que au bout d’un certain temps passé en forêt, le nombre de ces cellules tueuses avaient augmenté significativement (+ 50%), que leur activité avait augmenté (de 17,3 à 26,5%) et que les taux de protéines anticancer avait significativement augmenté (+48%), et que cet effet durait jusqu’à un mois après le bain de forêt (études du Dr Qing Li à Iiyama en 2004)

La pratique du bain de forêt
Pour pratiquer le bain de forêt, il n’est pas besoin de matériel coûteux : une tenue confortable suffit !
On se passe de son téléphone et de son appareil photo (même pour moi qui suis une accro de la photo, cela ne me demande pas un gros effort) et on prend son temps… Dans les pratiques que je propose, je parle de 4 heures, mais plus pour donner un ordre d’idée (toute l’après-midi) que pour réellement surveiller la durée. On lâche notre façon de fonctionner habituelle, pas d’œil sur la montre ou les notifications, pas d’attention qui saute d’un sujet à l’autre, pas de respiration superficielle : on se connecte à son corps et à la forêt.

On sollicite nos cinq sens… et même les autres !

On sent le parfum de la forêt, de la mousse, de la terre, des feuilles qui se décomposent… Les a rbres eux-mêmes dégagent un parfum, dus à leurs phytoncides, qui a un véritable pouvoir de guérison. Les phytoncides sont des molécules biosynthétisées par les plantes pour se défendre contre les micro-organismes pathogènes. Certains sont très odorants, comme ceux des résineux. D’autres le sont moins, mais il a été prouvé que les inhaler, comme on le fait quand on est en forêt, avait un effet sur la santé humaine.

On écoute les oiseaux qui chantent, le bruissement des feuilles des arbres sous l’effet de la brise, le chant du ruisseau qui coule par là… Ou le silence.
On goûte, on déguste par les oreilles, ce que la nature a à nous offrir.

On admire la lumière, les nuances de vert, les fleurs, le papillon qui volette, l’eau qui coule, le lapin qui s ’enfuie…
Il y a aussi ce qu’en japonais, on appelle komorebi. C’est un mot difficile à traduire : il s’agit du soleil filtré à travers les feuilles des arbres, et il désigne aussi l’interaction des feuilles et de la lumière qui forment des ombres tachetées sur le sol. De tout cela, on peut se délecter.

On goûte la fraîcheur de l’air, la tiédeur d’un rayon de soleil, la caresse d’un souffle de vent, la fraîcheur d’une averse…

On place nos mains sur le tronc d’un arbre – ou de plusieurs.
On marche pieds nus sur la mousse.
On s’allonge à même le sol…

On peut goûter une infusion de brindilles, de fleurs, de jeunes pousses… On peut manger des baies comme des mûres quand c’est la saison ou toute autre plante que l’on sait comestible.

On marche lentement, tranquillement, sans se presser, sans parler.. On se concentre sur l’instant présent. On respire calmement et on ouvre tous ses sens. Parfois, on peut s’arrêter, contempler, écouter, sentir, embrasser un arbre, caresser une fougère…
On libère enfin notre sentiment de joie et de calme. On est désormais connecté à la nature ; on a traversé le pont menant au bonheur ! Émerveillement, enthousiasme, transcendance, voire extase… La magie opère !


Alors, convaincu ??
Venez nous rejoindre lors du prochain bain de forêt à La Chapelle Moulière avec l’association Shakti LCM !!
Luce Barrault
Mars 2025
* Les études dont il est question dans cet article sont celles du Dr Qing Li qu’il cite dans son livre « Shinrin Yoku – L’art et la science du bain de forêt », First Editions
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